La production laitière en question

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Nous avons interviewé plusieurs consommatrices et consommateurs de lait afin de voir ce qui était connu au sujet de la production laitière. Certaines personnes pensent qu’une vache produit naturellement du lait de manière continue jusqu'à sa mort. D'autres pensent qu'elle devra donner une seule fois naissance à un veau pour devenir une vache laitière et le rester toute sa vie durant. D’autres encore croient que le veau reste auprès de sa mère et qu'on ne prend que le lait restant une fois que la vache a nourri son veau. Enfin, le lobby laitier nous a tou-te-s inculqué que le lait est un produit, nourrissant, sain et indispensable.

D'où vient tout ce lait ?

Actuellement, la production mondiale s’élève à 650 mio de tonnes par an, dont 85% sont composés de lait de vache. L’Inde est l'un des plus gros producteurs avec environ 96 mio de tonnes par an, devant les Etats-Unis avec 80 mio de tonnes par an. En Allemagne, la vente de lait représente 9,6 milliards d'euros, soit de loin la source de revenus la plus importante de l'agriculture (FAO 2008). En 2005, on comptait en Allemagne plus de quatre millions de vaches laitières qui produisaient presque 27 milliards de litres. En Suisse, pour la même période, on comptait près de 566 000 vaches avec une production d’environ trois milliards de litres. Dire qu’il s’agit là d’une production naturelle est erroné. En effet, pour nourrir leurs veaux, les vaches produisaient auparavant 2500 litres par année. Mais les sélections génétiques des plus « performantes » les ont peu à peu transformé en machines à produire du lait. Au début des années 1980 déjà, une vache laitière produisait, et ce exclusivement pour couvrir les besoins humains, 4300 litres de lait par année. Actuellement, la production atteint 8000 litres et il n’est pas rare que des races spéciales (comme par exemple des Holstein-Friesian, Jersey ou Brown-Swiss) produisent 10 000 litres de lait par an.

Une vie en gestation

Comment de tels rendements sont-ils donc atteints ? La réponse est résolument simple et triste : les vaches doivent produire continuellement du lait, et ceci n’est possible que si des veaux naissent en permanence. En général, une vache vêle pour la première fois à l'âge de 24 à 32 mois, et la gestation dure neuf mois. La montée de lait de la vache augmente au cours des six premières semaines après la naissance du veau et s’arrête progressivement. Ainsi, quelques semaines après l'accouchement, la vache est de nouveau inséminée artificiellement1. Pendant cette période, on la trait deux fois par jour. Les trayeuses sont arrêtées seulement six à huit semaines avant la naissance du deuxième veau : la vache est mise à sec pour que l’alvéole de la mamelle se régénère. La phase de récolte du lait, aussi appelée lactation, dure ainsi 305 jours par année. Trois ou quatre portées sont fréquemment requises pour une production de lait considérée comme étant suffisante.

Traite robotisee

Les producteurs se tournent vers la traite robotisée

Aujourd’hui, l’espérance de vie d’une vache laitière est d'environ cinq, voire six ans, alors qu' elle pourrait vivre vingt ans ou plus.

L’idée qu’une vache doit vêler seulement une fois pour pouvoir donner du lait durant toute sa vie est un mythe. En réalité, le lait est tiré pratiquement sans interruption à des vaches perpétuellement gestantes. Une enquête réalisée par l'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires révèle que, parmi les bovins envoyés à l'abattoir chaque année, il y a environ 40 000 vaches portantes dans le 5e mois de gestation ou en gestation avancée.

Des vaches aux veaux

Comme tous les mammifères, une vache doit avoir donné naissance à un petit pour produire du lait. En Suisse comme ailleurs, peu après la naissance les éleveurs séparent les veaux de leur mère. Beaucoup de vaches tentent alors de repousser celui ou celle voulant prendre leur petit. Elles essayent de faire barrage de leur corps, meuglent de désespoir. Certaines arrivent même à courir derrière le camion qui enlève leur veau. Des éleveur-euse-s reconnaissent que cette séparation peut causer une très grande souffrance. Certaines mères continuent de mugir pendant des jours, voire des semaines. Toutes réclament leur petit en une langue universelle qui n'a pas besoin d'être traduite pour être comprise. Certaines arrêteront de boire et de s’alimenter, cherchant fiévreusement le petit disparu, ou glisseront dans un désespoir muet.

Quant aux veaux, des études démontrent que la séparation cause une souffrance intérieure et des troubles de comportements. Ils peuvent commencer à téter leurs congénères, ou à manifester des jeux de langue qui, du point de vue des vétérinaires, sont clairement des indicateurs de dysfonctionnements psychologiques (Sambraus 1997, p. 120).

 

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Tétée au biberon (photo : Protection suisse des animaux)

Les veaux sont alors nourris au biberon, ou même par des automates à lait. L’idée que l'on ne consomme que le lait restant après l’allaitement du veau par sa mère est totalement fausse. En réalité, le veau reçoit un premier lait, appelé colostrum, durant les 5 jours qui suivent sa naissance, qui est servi la plupart du temps dans un récipient métallique. Après la naissance, les vaches produisent du lait pendant environ sept mois puis doivent de nouveau donner naissance à un veau, lequel leur sera encore enlevé. Elles sont généralement inséminées artificiellement tous les dix mois jusqu’à leur mort. Les vaches sont souvent envoyées à l’abattoir très jeunes, à l’âge de 5 ans, lorsqu'elles deviennent moins productives. Si le veau est un mâle, il part à l’abattoir à l'âge de 6 mois, une fois qu'il a suffisamment de chair sur les os. S’il s’agit d’une femelle, elle est généralement destinée à vivre le même calvaire que sa mère. Les génisses, au-delà de leurs 18 mois, sont inséminées, puis deviennent des « vaches laitières ». Il en est de même dans les élevages bio.

Vidéo montrant l'attachement d'une vache à son veau, et sa joie lorsqu'elle le retrouve:

Production élevée, animaux malades

Le travail qu'une vache doit fournir actuellement comme productrice de lait a son prix et ses effets. Durant les quarante dernières années la production de lait a augmenté de 30%. Simultanément, les problèmes de sabot et d'articulation ont augmenté de près de 300% et les maladies des mamelles de près de 600% (Frey 2004, p. 40). Selon des études, 80% d’entre elles meurent prématurément suite à des problèmes de santé.

Extrait des conséquences sur la santé des vaches laitières:

  • Cétose (dégénérescence du foie, trouble de la digestion)
  • Carences en calcium, fièvre dues aux infections des glandes mammaires
  • Dégénérescence du système immunitaire
  • Taille démesurée de certains organes
  • Problèmes conséquents de motricité
  • Trouble de la circulation sanguine

Les causes de ces maladies sont complexes, mais sont toutes en rapport direct avec une production de lait intensive (Brause 2007). Un rapport produit par l'UE présente que L'état de la santé des vaches laitières est d'autant plus précaire que celles-ci fournissent du lait, car les risques sont en relation directe avec sa production. Elles peuvent souffrir de mastites, de problèmes de sabots, de problèmes de motricité (elles boitent), de dysfonctionnement de la fertilité, de troubles de la digestion et troubles du comportement. (Le rapport sur l’animal de l'UE 1999, ch. 3, citation de Rollinger 2007, p.92).

Lait bio de vache bio

Le lait bio connaît un succès fulgurant. En 2007 seulement, 1,5 milliards de litres ont été produits dans l’Union Européenne. Il est cependant très difficile de distinguer ce qui est effectivement « biologique ». Les instructions et mentions légales issues des différentes organisations varient considérablement les unes des autres. En général l’appellation « lait bio » suggère que le produit d’origine animale ne provient que d’exploitations traditionnelles. Toutefois les exploitations dites biologiques pratiquent l’élevage selon les mêmes buts et critères que toutes les exploitations laitières, à savoir que les « vaches bio » sont soumises également à des gestations permanentes. Elles fournissent aussi plus de 6 000 litres de lait par année, une quantité qui ne peut pas être atteinte en consommant uniquement de l'herbe fraîche, du foin et de l’ensilage. Il n’est d’ailleurs pas formellement interdit aux exploitations biologiques d’utiliser du fourrage concentré (Bioland 2008). Certes, même si celui-ci est issu de cultures biologiques, il n’en reste pas moins inadapté aux besoins physiologiques des ruminant-e-s. Les maladies telles que des dérèglements du métabolisme, des phénomènes de paralysie et des mastites sont aussi répandues parmi les vaches bio (Brinkmann et Winckler 2005). C’est en partie grâce à l’élevage de « vaches à haut rendement », que les entreprises bio résistent encore à ce jour sur le marché (Püntener 2005).

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À ceci s’ajoute le fait que l’utilisation préventive des antibiotiques augmente le nombre de certaines maladies. Il s’agit plus particulièrement des infections mammaires, qui présentent le risque majeur que les germes contaminés passent dans le lait destiné à la consommation humaine (Kittl 2005). Comme dans les élevages conventionnels, environ un tiers des animaux est concerné par le risque d’inflammations mammaires (Brinkmann et Winckler, 2005). Le cycle de vie d'une vache bio n'est donc pas fondamentalement disctinct de celui d'une vache laitière « normale », malgré le fait que certaines organisations défendant le bio préconisent la pratique du pâturage régulier ou tout au moins l’élevage en plein air (Bioland 2008). Cependant, en Suisse comme dans d'autres pays, les dispositifs d'attache des animaux dans les étables sont autorisés, en particulier sur les plus petites exploitations, ce qui, en Allemagne, concerne un tiers des vaches laitières élevées biologiquement (cf. Hörning et al. 2005). En Suisse, l'article 40 OPAn signale que les vaches détenues à l'attache dans les « stabulations entravées » doivent être sorties au moins soixante jours en période de végétation et trente jours en période hivernale. Cependant, il n'existe pas une telle obligation légale pour les vaches se trouvant dans des étables dites de « stabulation libre » dans lesquelles elles ne sont pas attachées à une corde. Il existe donc en Suisse des vaches qui n'ont jamais pu se promener dans un pré de leur vie.

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« Stabulation libre » en Suisse (© FiBL, Claudia Schneider)

Environ la moitié des vaches sont inséminées artificiellement. Et, tout comme leurs consœurs d’élevages conventionnels, les vaches bio sont envoyées à l’abattoir lorsqu’elles atteignent le quart de leur espérance de vie. Fréquemment, le marché de la production de lait bio fait de la publicité pour ces veaux qui sont allaités par leur mère durant les douze premières semaines de leur existence (Bioland 2008). Ils seront néanmoins abattus quelques semaines après (ce que ne mentionne pas la publicité). En Suisse, selon des indications du marché, on estime que 12% des petits bénéficient du lait de leurs mères ou de vaches nourricières.

Résumé

La participation à l'industrie laitière via la consommation de ses produits représente une instrumentalisation systématique des animaux qui est sujette à caution. L'affirmation du théologien Carl Skriver, selon laquelle du sang rouge colle au lait blanc, peut paraître à beaucoup comme une provocation. Mais il faut se rappeler que la production laitière nécessite de séparer les petits veaux de leur mère, de les tuer à l'âge d'à peine six mois, et d'envoyer la vache à l'abattoir vers l'âge de cinq ans lorsque son taux de rendement baisse, alors qu'elle pourrait en vivre une vingtaine. Les animaux sont des êtres sensibles qui ressentent des émotions et ont un intérêt à vivre une vie la plus longue et la plus heureuse possible. Profiter de notre position de dominant-e pour leur infliger des souffrances ou la violence des abattoirs pose ainsi un défi éthique majeur qu'il s'agit de relever de toute urgence.

De plus en plus de citoyen-ne-s sont conscient-e-s de ces problématiques, et le fait que de nombreuses personnes choisissent actuellement de consommer des laits végétaux peut être vu comme très prometteur. Par ailleurs, il existe de plus en plus d'entreprises proposant des alternatives végétales au lait et au fromage.

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Note

1 En Saxe, par exemple, vingt taureaux sont utilisés pour la reproduction. Par conséquent, beaucoup des 250 000 vaches sont, si on le veut bien, des demi-soeurs. En 2001, on pouvait lire qu'avec la semence d'un seul taureau de la race Holstein-Friesian, on pouvait fertiliser 65 000 vaches.

 

Références

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Brinkmann, J. & Winckler, C. (2005), Status Quo der Tiergesundheitssituation in der ökologischen Milchviehhaltung : Mastitis, Lahmheiten, Stoffwechselstörungen, in : Ende der Nische, hrsg. J. Hess & G. Rahmann, Kassel.
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