La supplémentation, est-ce naturel ?

Certains végétariens rechignent à l’idée de prendre des suppléments, et trois raisons sont généralement avancées.

Tout d’abord, ce serait admettre que l’alimentation végétalienne serait intrinsèquement plus carencée que l’alimentation omnivore. Pourtant, ce n’est pas le cas et les omnivores doivent, eux aussi, faire attention à absorber suffisamment certains nutriments. Ils ont ainsi des apports souvent insuffisants en fibres, magnésium, potassium, vitamines B9, C et E, et phytonutriments, ce qui arrive beaucoup plus rarement chez les végétaliens.

La seconde raison est une réticence à l’idée de prendre des nutriments fabriqués en usine. Or, les omnivores consomment autant, sinon plus, de suppléments. Et, étant donné que l’alimentation des animaux d’élevage est supplémentée, la B12 de la viande vient des mêmes usines que celle des compléments alimentaires, simplement elle est « emballée » dans des animaux plutôt que dans des comprimés.

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Dessin de Insolente Veggie

 

Plus généralement, les suppléments et les aliments enrichis sont couramment utilisés dans les pays développés. Il est courant de prescrire aux femmes enceintes du fer pour prévenir l’anémie chez la mère et de la vitamine B9 pour prévenir les malformations du tube neural chez le fœtus. À la naissance, on fait systématiquement une piqûre de vitamine K aux nouveaux-nés pour prévenir les hémorragies. On donne très souvent aux bébés de la vitamine D, de la vitamine K, et du fer, et parfois de l’iode et du fluor. La teneur des aliments en iode, en vitamine B12, et en divers autres nutriments est assurée par la supplémentation des animaux (directe ou indirecte). Dans de nombreux pays, le sel est enrichi en iode, le lait en vitamine D et les produits céréaliers en vitamine B3 et B9.

L’enrichissement des aliments a aussi des raisons plus triviales. Les animaux d’élevage sont supplémentés en deux acides aminés, la lysine (produite par fermentation bactérienne) et la méthionine (produite par synthèse chimique), pour stimuler leur croissance. Les caroténoïdes sont des phytonutriments dont certains, particulièrement le β-carotène, peuvent être transformés par notre corps en vitamine A. Le beurre, qui n’est jaune que lorsque les vaches mangent de l’herbe, est coloré avec du β-carotène pour qu’il soit jaune toute l’année et même quand les vaches n’ont jamais vu de pâturage de leur vie ; cela permet à l’industrie laitière de présenter le beurre comme une source de vitamine A. De même, la chair des truites et saumons d’élevage est rose orangé parce qu’on supplémente les poissons d’élevage en caroténoïdes de synthèse (l’astaxanthine et la canthaxanthine). Les « volailles » ont elles aussi droit à des caroténoïdes de synthèse (comme la zéaxanthine ou de la lutéine) pour donner des couleurs à leur chair, à leur graisse, et à leurs œufs.

En somme, les omnivores consomment beaucoup de suppléments mais sans en avoir conscience, parce que les autorités sanitaires et les industriels enrichissent pour eux les aliments, alors que les végétaliens, à l’heure actuelle, doivent penser eux-mêmes à prendre leur vitamine B12.

La troisième raison est liée à la forme galénique (médicamenteuse) des suppléments. Certains associent forme galénique et maladie, et ont une aversion pour les comprimés et ampoules quand ils sont en bonne santé. Cette troisième réticence est facilement contournable :

  • en versant le contenu des ampoules de B12 dans une compte goutte et en versant la B12 dans les aliments au moment de la préparation des repas
  • ou en optant pour le VEG1, un supplément qui ressemble à un bonbon.

Pierre Sigler